| 1250 |
Les seigneurs de Berlo furent les possesseurs du Château de Sclessin près de six siècles. C'est Gérard de Berloz qui acquit la charge d'avoué de Sclessin vers 1250
L'avoué est le seigneur chargé (ADVOCATUS - avoué, voué = appelé) de défendre les intérêts du prince, en l'occurrence, le prince- abbé de Stavelot-Malmédy à Sclessin et Ougnée. Il fait exécuter les sentences de la Cour de Justice, dont le Perron (ou pierre de Justice) se dressait en "Lairesse". Il percevait aussi les redevances et protégeait le domaine contre toute incursion, pillage ou autres dommages. En retour, il percevait le tiers des amendes.
Les avoueries de Sclessin et d'Ougnée étaient un fief du Comté de Looz.
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| 1253 |
Le Château de Sclessin est la résidence des comtes de Berloz, seigneurs de Sclessin et avoués héréditaires d'Ougrée.
En 1253, Gérard de Berloz, Grand Maréchal et Général de Henri de Gueldre, harcela maintes fois les liégeois qui, sous la conduite du tribun Henri de Dinant, s'étaient révoltés contre leur prince-évêque. Ils en tirèrent vengeance "en prenant prise sur ses terres" et, après avoir "ravagé et jardins et tous les dehors, ils pillèrent et démolirent sa tour, son Château de Sclessin".
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| 1298 |
En 1298, Gérard de Berloz fils, se met du parti des Waroux. Avec ceux de Sclessin, il se distingue à la bataille de Loncin. Le plus jeune des frères de Flémalle, du clan des Awans, fut occis par Warnier du lignage de Sclessin...
Les représailles ne se font pas attendre!.. Une nuit, une troupe d'hommes armés sous la conduite de Guillaume Cossen de Vivegnis, remonte la Meuse et débarquant à Fragnée, s'approche de la Tour des frères de Sclessin et en provoque l'écroulement après avoir taillé et coupé les poutres angulaires.
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| 1371 |
L'avouerie de cette seigneurie ainsi que le Château de Sclessin appartenaient à la famille de Berlo (XIVè siècle).
Cette avouerie et ce Château relevaient en fief de la cour féodale du Comté de Looz. Raes de Berlo en fit le relief en 1371.
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| 1381 |
En 1381, Guillaume et Libert sont tués au siège de Gand.
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| 1400 |
Le 27 novembre 1400, l'abbé de Stavelot céda en accense perpétuelle la Seigneurie de Sclessin et d'Ougnée à Jean de Berlo dit de Brust qui en était déjà l'avoué, moyennant une rente annuelle de 47 Muids (115 d'épeautre). Il ajoutait ce titre à ceux qu'il possédait déjà : seigneur de Brus (lez Glons), de Saive et de Julémont. Cette seigneurie resta dans cette famille jusqu'à la Révolution.
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| 1420 |
En 1420, l'abbaye arrente des droits seigneuriaux aux Sires de Berloz sur le domaine de Sclessin. Ceux-ci jouissent déjà de leurs droits héréditaires d'avoués. Il semble que la charge d'avoué à Sclessin revienne à la famille de Berloz suite à un mariage. Gérard de Berloz se marie, vers le milieu du XIIIè siècle avec la fille de H. De Velroux, avoué de Sclessin.
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| 1467 |
Parmi les aînés, la lignée des de Berlo compta plusieurs bourgmestres de Liège, deux évêques de Namur et de grands généraux tels Gérard, Grand Maréchal de Henri de Gueldre (déjà cité) et Guillaume, à qui fut confié l'étendard de Saint-Lambert en 1467, lors de la bataille de Brusthem.
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| 1568 |
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Incendie du Château par les troupes du Taciyurne. |
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| 1646 |
| Plus tard, sous l'Espagne et l'Empire d'Autriche, plusieurs de Berlo trouvèrent encore la mort sur les champs de bataille : Melchior devant Mons, Arnould à Brisach et Hubert, en 1646, au siège de Dunkerque. |
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| 1681 |
| Le Château (ses dépendances) fut ravagé par un incendie en 1681 et subit des modifications successives réalisées par ses différents propriétaires. |
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| 1713 |
| Ce Château fut édifié par François-Ferdinand de Berlo, Comte de Berlo, Seigneur de Sclessin, Grand-Maieur de Liège, mort en 1713 "sans l'avoir conduit à la perfection". |
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| 1717 |
En 1717, le Comte de Berlo, Seigneur de Sclessin, voulut obliger la Cour de Justice de l'endroit à tenir ses réunions, en son Château. Les échevins refusèrent de se soumettre à ces exigences. Alors le Comte résolut d'employer la force. Le 12 janvier 1717, il fit cerner le local ordinaire de la Cour par des paysans armés. Quand le greffier, appelé Montfort, sortit, on le saisit par le collet et on l'emmena prisonnier au Château. Le Conseil privé du prince-évêque ayant été informé de cette arrestation arbitraire envoya à Sclessin un détachement de troupes avec ordre d'assiéger le Château, si le Comte de Berlo refusait de remettre immédiatement son prisonnier en liberté.
Le 14 janvier, le sieur Richard qui commandait le détachement, arriva à Sclessin et fit entourer le Château. Il se rendit ensuite auprès du Comte et lui exposa l'objet de sa mission. Le Comte voyant bien qu'il ne pouvait résister se soumit et rendit la liberté au greffier Montfort.
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| 1731 |
| Un Gérard de Berloz périt à la bataille de Basse-Wilve (Wassweiler) près de Justiers. |
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| 1735 |
| Une gravure de Remacle le Loup dans "Les Délices du Pais de Liège" de 1735 nous montre l'aspect du Château à cette époque. Dans cet ouvrage, Saumery nous en donne une description : ( extrait du texte original )
"Situé au bord de la Rivière qui baigne les murs de son enceinte, et dont il a les agréments sans être exposé à ses incommodités, il offre à la vue deux gros pavillons flanqués de deux Tours quarrées, qui malgré leur structure rustique ne laissent pas d'être de bon goût. Un superbe Donjon surmonté de plusieurs lanternes placées par étages, s'élève à l'entrée de la Cour, entre deux corps de logis très bien bâtis, qui faisant face aux deux Pavillons dont je viens de parler, forment un coup d'oeil qui plait par sa régularité.
On y voit avec plaisir une large Terrasse soutenue d'un mur de pierre, qui entoure un beau Jardin. Les agréables Charmilles dont elle est ornée dans toute son étendue, sont des mieux entretenues. De ce lieu charmant on découvre de près tout ce qui se passe sur la Rivière, & sur ses deux rives, & la vue après s'être arrêtée sur différents objets, à des distances proportionnées, se perd dans des lointains très variés. Le Village du même nom, l'Eglise qui est assez belle, & plusieurs Maisons de plaisance paraissent être placés pour la perspective de ce Château, qui considéré dans toute ses parties peut être mis au rang des belles Maisons de campagne."
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| 1789 |
En 1789, la révolution bouleverse la France. On instaure le nouveau régime fin 1795, en Belgique. Tous les droits seigneuriaux séculaires ont vécu. La souveraineté de la noblesse disparaît. Les de Berloz ne sont plus rien. Le dernier seigneur de Sclessin fut Marie-Léopold-Joseph de Berlo de Suys.
Il fut exclu de l'Etat Noble en janvier 1791 par le prince-évêque Hoensbroeck pour avoir soutenu le mouvement patriotique pendant la révolution liégeoise.
"Cour, château, maison, étang, jardin, prés, bois, terres hérules, tenure et assise... Chaque génération ajoutait quelque chose...
Ecuries, étables (stâ), bergerie (bièdj'rèye), un fenil (sina), une porcherie (ran d'poûrcès), un chartil (tchèrî), une grange (heûre), un four (forni), une brasserie (brèssène), une chambre pour domestiques...
... Ce qui forma un ensemble plutôt disparate et vieillissant, en partie vétuste, ce qui amène Arnould de Berlo et son épouse Marie de Cottereau, à construire un nouveau château en 1813."
Remarque : le dernier jardinier du Château de Sclessin fut un certain Monville.
Détail complémentaire relevé dans le recueil d'A. Baar "Au bon temps des vignobles liégeois" :
"Les de Sauvage possédaient le Château de Sclessin qui était entouré d'un fossé d'eau." |
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| 1808 |
Ces de Sauvage sont cités comme propriétaires du Château dès 1808. De Sauvage a acheté le manoir... mais non la seigneurie. Le temps est révolu des souverainetés locales. Les droits seigneuriaux, avec tout ce qui avait rapport au système féodal, ont été abolis sans indemnité quelconque dans la nuit du 4 août 1789. Le nouveau régime a été rendu applicable en Belgique en novembre 1795.
Quelques acquéreurs de châteaux s'y sont trompés. Et ils ont réclamés le bénéfice des revenus de certains droits supprimés. Mais les pouvoirs nouveaux, émanés de la nation, qui ne s'y méprenaient pas, eux, étaient prompts à rappeler la déchéance de la souveraineté nobiliaire.
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| 1846 |
Un conflit ayant éclaté entre la commune d'Ougrée et de Loets de Trixhe et sa femme née de Sauvage au sujet de la propriété du chemin de l'Espinette, l'administration communale termine l'exposé de ses moyens de défense par cette phrase : "Comment les de Sauvage se réclameraient-ils des titres des comtes de Berloz, les droits seigneuriaux ayant été abolis."
A la fin du siècle, des revers de fortune accablent la famille de Sauvage. Et c'est l'abandon du château qui se délabre. On doit cependant à la famille de Sauvage l'aménagement de la partie centrale, joignant les deux pavillons.
Bientôt, on le dit "hanté" et on l'appelle le "château du diable" : "... Et l'homme courageux qui y pénètre seul, la nuit de la Saint-Sylvestre, et qui y inscrit, à minuit, son nom avec son sang verra sa fortune assurée!..."
Une vieille tenture de fenêtre dans un léger courant d'air et le bruit d'une chaîne de puits balancée par on ne sait quoi suffirent à créer la légende!...
Nos villageois croyaient voir par les nuits sombres un fantôme s'approcher des murailles attristées, pénétrer dans une chambre de l'aile gauche. Ils avaient entendu conter l'histoire d'un héritage que deux frères de Sauvage se disputèrent avec tant d'âpreté qu'ils en vinrent à croiser le fer. Et certainement les plus pusillanimes percevaient le cliquetis macabre d'armes entrechoquées, un horrible cri de moribond...
Voici l'intégralité de cette légende sur le Château de Sclessin, écrite en 1911 (extrait de "Les Horizons mauves (En Condroz)" de R. Strivay |
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| 1889 |
18 mai 1889... Le Conseil communal charge le collège de demander à Madame de Sauvage-Vercour, l'autorisation d'ériger provisoirement en en "succursale" la chapelle du Château de Sclessin, à laquelle serait attaché en permanence un prêtre desservant.
Accord provisoire de Madame de Sauvage-Vercour, pour autant que cette autorisation n'aliène en rien ses droits de propriétaire, et qu'elle soit toujours révocable...
S'il ne s'agit pas d'une erreur de transcription, c'est que l'on veut désigner la chapelle castrale de Saint-Pierre-aux-Liens de Sclessin qui dépendait de l'Eglise d'Ougrée et dont le seigneur de Sclessin avait le droit de collation
De cette chapelle, il ne reste pas grand chose ! Quelques bancs conservés en l'église de Sclessin, et une pierre tombale d'Arnould de Berlo mort en 1538 et de sa veuve, pierre que l'on peut voir dans la galerie de la cité administrative de Liège.
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| 1893 |
| Bien peu le savent, et pourtant, c'est à Sclessin et particulièrement dans l'enceinte du Château, que le Football Club Liégeois a décidé de s'installer dès les premiers mois de sa création. |
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| 1913 |
Mais une carrière nouvelle commence pour le Château.
L'administration communale, heureusement inspirée, l'achète en 1913 (pour 100.000 francs). Elle se proposait d'y aménager des classes, le groupe scolaire du Perron ayant été exproprié par le département des chemins de fer de l'Etat (ligne Kinkempois - Fexhe-le-Haut-Clocher), moyennant une indemnité de 294.400 francs. Ce qui fut fait dès 1914. |
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| Remerciements |
Le Centre Antoine Vitez A.S.B.L. tient à remercier tout particulièrement MM. José SCHAUS et Emile DEGEY pour la patience, la confiance qu'ils nous ont témoignées, dans le prêt de certains documents pour l'élaboration de ce travail, qui, sans aucune prétention, restera une des références historiques de notre "Vieux Château".
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| Bibliographie : |
- extrait de : " Il était une fois... Sclessin ! " de E. DEGE
- extrait de : " Les communes de la Province de Liège " de A. DE RYCKEL
- extrait de : " A Ougrée et à Sclessin, Au Temps jadis " de Fr. DUMONT
- extrait de : " Les Délices du Païs de Liège " de SAUMERY
- extrait de : " Histoire d'une Paroisse Liègeoise Notre-Dame du Rosaire à Sclessin " de octobre 1993
- extrait de : " Altitude 125 " périodique n°9 de Puits à Youster : (z)
- extrait de : " Les Horizons mauves (En Condroz) " de Renaud STRIVAY
- extrait de " Le Château de Sclessin et le Royal Football Club Liégeois " de J. DEJAEGERE |
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Qui était Antoine Vitez ? |
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| Né à Paris en 1930, mort en 1990, Antoine Vitez fut un metteur en scène et un traducteur français. Il se distingue dans un premier temps par un travail théâtral inspiré par les données de l'écriture contemporaine ; la rupture, le montage et l'association d'idées. Il se trouve à l'origine de la réhabilitation des classiques comme œuvres éloignées, archaïques, mythologiques. Il travaille sur la gamme de tous les types de spectacle, du théâtre de marionnettes à l'Opéra. Son activité pédagogique a marqué plusieurs générations d'acteurs.
Il se forme auprès de Louis Aragon, dont il sera le secrétaire (1960-1962) et suit les cours de théâtre de Tania Balachova. Outre ses débuts de traducteur du russe et du grec, Vitez collabore à la revue Bref, publiée par Jean Vilar au TNP et, ensuite, à la revue Théâtre Populaire. Il fait aussi des lectures à la radio et des doublages au cinéma. Il fait tardivement ses débuts de metteur en scène, à trente-six ans, avec Electre (1966) de Sophocle à la maison de la culture de Caen.
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Une esthétique de l'éclatement
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Par le traitement du texte comme matériau à modeler librement, le spectacle connaît un fort retentissement. Vitez reprendra encore deux fois Electre, en 1971, avec des «parenthèses » de Yannis Ritsos et, en 1986, chaque fois avec la même comédienne, Evelyne Istria, dans le rôle-titre.
Formé à l'école du théâtre russe – son autre pôle d'intérêt à côté du théâtre grec –, Antoine Vitez est d'emblée sensible au répertoire russe et monte des œuvres peu ou rarement jouées : Les Bains (1967) de Maïakovski, Le Dragon (1968) d'Eugène Schwartz ou La Mouette (1970) de Tchekov.
Après cette première période, ses choix vont se porter, un certain temps, sur le répertoire français, surtout Racine, ainsi que pour le répertoire allemand dont Le Percepteur de Lenz en 1970, Faust de Goethe en 1972 ou encore Mère Courage de Brecht en 1973.
Dans les lieux non théâtraux assez souvent ou dans les salles disponibles avec des éléments sans aucune fonction descriptive, Antoine Vitez déploie une esthétique de l'association d'idées et de la liberté ludique. Il met en scène une pensée sur la pièce plus que la réalité immédiate de la pièce. Son goût va alors vers l'éclatement et la disparate.
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Formation et engagement
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Pédagogue né, Vitez commence à donner des cours dans l'école de mime et de théâtre de Jacques Lecoq (1966-1970) pour continuer ensuite au Conservatoire National d'Art Dramatique (1968-1981). Il y développe un véritable système pédagogique personnel qui déstabilise les habitudes anciennes de la grande école de théâtre. Il développe surtout le principe des exercices et des variations de jeu à partir des textes. Ce sont eux qui servent le plus souvent de point de départ pour des improvisations.
En même temps, il s'applique à restaurer la diction de l'alexandrin dans sa dimension formelle où la musique prend une place importante. Il veut écarter les dangers de la diction dite «naturelle » et défend le vers en tant que convention poétique. Dans les théâtres qu'il dirige, que ce soit le théâtre des Quartiers d'Ivy ou le Théâtre National de Chaillot, Vitez ouvre chaque fois une école car elle est, dit-il, ‘le plus beau théâtre du monde'.
Membre du parti communiste, Antoine Vitez s'installe en 1972 dans une municipalité de la ‘banlieue rouge', à Ivry-Sur-Seine, et il mène une riche activité théâtrale toujours accompagnée par des prises de positions théoriques qui le rattachent à la grande tradition du Cartel.
L'œuvre d'Antoine Vitez est autant liée à la réflexion qu'à la pratique du théâtre. Leur importance est égale. Vitez monte au théâtre des Quartiers d'Ivry (1972-1981) aussi bien les grandes œuvres du répertoire classique que des auteurs contemporains comme Michel Vinaver, René Kalisky ou Xavier Pommeret. C'est le temps où il déclare que ‘l'on peut faire du théâtre de tout'.
A partir de cette conviction, il développe le théâtre centré autour de l'acteur, de ses postures et de sa voix, jamais respectueuses d'une ‘naturalité' du corps. Il pratique alors un théâtre de la coupure et du montage. Il est aussi à l'origine de ce qui fut un des courants du théâtre français, le théâtre-écrit, grâce à Catherine (1975), spectacle inspiré par Cloches de Bâle d'Aragon.
Parallèlement, Vitez travaille sur le répertoire français, avec Phèdre d'abord en 1975 et, ensuite, avec Tétralogie des Molière en 1978. Il procède publiquement à la revalorisation de l'alexandrin comme code, comme artifice formel, comme beauté sonore en refusant ainsi la banalisation par rapprochement du langage quotidien. Il défend l'idée de la distance des classiques que l'on doit traiter comme des «galions engloutis », comme des objets étranges dont on a perdu l'usage. Les mettre en scène, c'est aussi mettre en scène les fêlures du temps : il se rebelle contre toute une tentative d'actualisation car le théâtre est ‘un art du passé'.
D'autre part, Vitez affirme son intérêt pour les formes théâtrales dites mineures et il travaille sur les marionnettes ou la farce publique. Il allie un attrait constant pour le ‘haut' culturel avec la référence récurrente au ‘bas'.
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A Chaillot : "Un théâtre élitaire pour tous"
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Nommé, en 1981, directeur du Théâtre de Chaillot où il restera jusqu'en 1988, Antoine Vitez lance sa formule célèbre : « un théâtre élitaire pour tous ». Il mène une politique théâtrale dans le droit fil de ses premiers choix d'Ivry.
En tant que metteur en scène, en revanche, il se voit confronté au ‘grand format' de la salle de Chaillot et, progressivement, il forge une esthétique nouvelle, moins éclatée, plus articulée autour du récit, animée par un extrême souci de plasticité et tout aussi attentive qu'auparavant à la langue. Il constitue une équipe avec un scénographe Yannis Kokkos, le compositeur Georges Aperghis et l'éclairagiste Patrice Trottier.
Parmi ses grandes réussites, on peut compter Hamlet (1982) de Shakespeare, Hippolyte (1982) de Robert Garnier, Hernani et Lucrèce Borgia (1985) de Victor Hugo et, surtout, Le Soulier de Satin (1987) qui, dans sa version intégrale, est apparu comme l'accomplissement de cette troisième étape de Vitez. L'ampleur du projet, sa respiration lyrique, la maîtrise du vers caludélien de même que l'organisation du récit sur la totalité du parcours, font du Soulier de Satin le point d'orgue du passage de Vitez à Chaillot. Ici, il a néanmoins continué à pratiquer les ‘petites formes' et à mettre en scène la littérature contemporaine, bien que de manière moins assidue qu'auparavant. A Chaillot, sa plus grande réussite avec un texte contemporain fut Flasch de René Kalisky en 1986.
Vitez a mis en scène des opéras, traduit des pièces, dirigés des revues. Il reste pour la France le metteur en scène le plus sensible à l'écrit et à la langue. De 1988 à 1990, il a été administrateur de la Comédie Française où sa dernière mise en scène, avant de s'éteindre, sera La Vie de Galilée de Brecht en 1990.
Il laissera un style, un rêve pour de nombreux comédiens et metteurs en scène, chacun reprenant sa grande politique : l'élitisme pour tous. |
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